5  posté le samedi 05 avril 2008 18:34

Il avait baissé la tête en l'écoutant, puis l'avait regardée. Admettre l'évidence... Les mots de ma soeur résonnaient inlassablement dans ma tête, tandis que je restais bouche bée, pauvre observateur de la scène. Tous dans cette maison, tous sur cette Terre, nous souffrons, c'est vrai. Je le sais, c'est triste, mais je le sais. Pourtant ces deux-là sont ceux pour qui j'ai le plus mal. Pas parce qu'il est mon meilleur ami, pas parce qu'elle est ma soeur...  Mais parce qu'ils enferment leur douleur au plus profond d'eux et ne la laissent paraître à personne, parce qu'ils s'obstinent à sourire, même si cela leur déchire le coeur un peu plus et leur brûle la dernière parcelle d'âme restée intacte. Parce qu'ils souffrent un peu plus à supporter en silence la douleur des autres, à la supporter et à la garder avec eux pour soulager les égoïstes que sont les autres, les égoïstes que nous sommes... l'égoïste que je suis.

 

- Tu vas lui dire ? Avait repris le brun.

- Lui dire quoi ?

- Que tu as été virée du lycée.

- Pas maintenant, avait-elle soufflé dans un soupir.

- Et qu'est-ce que tu vas faire ? Il va bien finir par l'apprendre, maintenant qu'il n'est plus aveuglé par l'alcool vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

- L'amour aussi rend aveugle, à ce qu'on dit. Elle avait un ton ferme, bien que sa réplique suggère de l'ironie.

Il avait secoué doucement la tête, et même sans pouvoir le voir, je devinais un sourire étirant ses lèvres.

- Et tu comptes te fier à un proverbe à la con ? Il va forcément s'en rendre compte, Ridann.

 

 

- Je lui dirais, mais plus tard. Laisse-le profiter un peu de l'illusion du bonheur avant, s'il te plaît. Après ces deux dernières années, il a bien mérité quelques mois sans que je lui apporte d'emmerdes.

- Et toi, Ridann ? Le ton de mon ami était à la limite de l'emportement. Merde ! Tu ne les a pas merité, toi, ces quelques mois sans emmerdes ?! Tu sais comme je tiens à ton frère, mais tu ne t'imagines pas à quel point j'aimerais lui foutre mon point dans la gueule. Tu te pourries la vie pour lui, et c'est à lui que revient le droit de sourire honnêtement ?

Ca fait mal. Entendre tout ça, ça fait mal. Pourtant je ne bougeais pas. Je refusais de partir, de fuir comme un lâche cette douleur qu'ils m'infligeaient, car je ne la méritais que trop. J'essayais de lutter contre le noeud qui s'était installé dans ma gorge en avalant ma salive avec difficulté. La voix de Tyler s'était éteinte quelques secondes, me laissant assez de temps pour m'impregner d'une douleur dont je ne soupçonnais pas même l'existence quelques minutes avant cette fameuse scène. Le grand brun avait finalement repris, mais avec une voix faiblement douce que je ne lui connaissais pas.

- Je ne peux plus supporter ça, Ridann. Je ne peux plus supporter de te voir te laisser couler sans rien faire. J'ai essayé de t'éviter, mais je n'y arrive pas.

Il s'était rapproché d'elle. Mon meilleur ami s'était rapproché de ma soeur. Mon meilleur ami de 22 ans était collé au dos de ma soeur qui en avait à peine 17, et qui le laissait murmurer à son oreille sans montrer le moindre signe de repoussement. Cette image m'avait d'abord agacé, voire énervé au point que je manifeste enfin ma présence... Mais la souffrance que j'éprouvais alors m'avait rappelé à l'ordre et me clouait littéralement sur place.

- Je n'arrive pas à me faire à l'idée que quelqu'un d'autre que moi puisse masquer ses peines tant et si bien que personne ne le remarque.

- Toi, tu l'as remarqué.

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Tous les commentaires liés à l'article : 5

  • Even*** a posté :samedi 05 avril 2008 19:43

    Rolalala técris archi bien ! j'suis scotché Oo

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