3  posté le mardi 01 avril 2008 22:36

Un silence s'en était suivi. Peut-être avient-ils chuchoté quelque chose, après tout j'entendais leur conversation à travers les fenêtres seulement, mais j'en doute. C'est sur un ton beaucoup plus sérieux que mon ami avait repris. C'est surement ce qui a attisé mon attention. Il était de nature sérieuse d'une manière générale, toujours très calme, mais ce ton-là, il l'employait quand la conversation commençait véritablement à l'intéresser, voire quand elle le touchait au plus profond de lui.

- C'est quoi ce sourire, Ridann ?

Elle n'avait pas répondu tout de suite et continuait de fixer un point au loin, ou au contraire de ne rien fixer du tout, laissant son regard aller dans un vide sans fond. Puis elle avait joué la carte de l'innocence... Pourtant sa voix ne semblait pas vouloir être convaincante, même moi je l'avais remarqué.

- Quel sourire ?

- Tu sais très bien de quoi je veux parler, arrêtes de jouer la comédie deux secondes. Toi et moi, on a beau s'éviter cordialement depuis que vous avez rejoins la maison Andrea et toi, on est pas si différents.

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4  posté le mercredi 02 avril 2008 15:21

Me revoilà pour la suite x) Merci à celles qui ont déjà commencé à lire, ça fait plaisir ! =D

C'est sur un ton légèrement agressif qu'elle avait répondu. Pas violent en lui-même, mais avec une pointe de mépris qui en plus de ne pas lui aller du tout, était parfaitement superficielle.

- Et alors ? Tu vas me dire que d'un coup tu t'intéresses à moi et que tu veux faire copain-copine, peut-être ? Arrêtes ton char Tyler.

- Suis tes propres conseils, Jones.

Ce mec m'impressionera toujours. En plus d'un ton glacial qui ne peut faire autre chose que de vous remettre en place dans n'importe quelle situation, il a le don de repérer le moindre détail qui vous insupporte et de l'utiliser ensuite contre vous pour mieux vous faire craquer. Je remercie le Ciel de ne pas lui avoir donné la passion pour l'espionnage, il aurait fait un carnage ! Qu'on l'appelle par notre nom de famille était le détail qui insupportait ma soeur, ces derniers temps. Peut-être parce qu'il lui rappelait notre... provenance. Elle avait tourné la tête vers lui, mais j'ai remarqué qu'elle avait vite fermé les yeux.

 

Et voilà, on y est. A partir de ce moment là, j'ai compris. J'ai compris ce que j'aurais du remarquer depuis plusieurs mois... Depuis deux ans avant ce soir-là, plus exactement. Vingt-quatre mois de mascarade, pendant lesquels j'avais été totalement berné par ma soeur... Pendant lesquels j'étais aveuglé par l'envie d'oublier... ou par l'oubli lui-même, je ne sais pas vraiment. Gardant les yeux fermés, elle avait utilisé un ton brisé. Simplement brisé, comme s'il ne restait plus rien de la Ridann toujours joyeuse et souriante, comme si enfin elle dévoilait sa faiblesse.


- Qu'est-ce que tu cherches ? Tu penses que tu vas arriver à me faire croire que tu es là parce que tu as pu lire en moi comme dans un livre ouvert et que ça y est, maintenant la pauvre déprimée a enfin trouvé une épaule sur laquelle s'appuyer ? Et si on parlait de toi, hein ? Tu crois qu'il est scellé à jamais, verrouillé avec le meilleur cadenas au monde, ton foutu livre ?

Ce qui m'avait alors échappé, et qui ne m'était apparu que plus tard dans la nuit où, incapable de fermer l'oeil, j'avais retourné la scène dans tous les sens, c'était la personne que ma soeur avait choisi pour montrer ce côté de sa personnalité. On ne se brise pas les os à cacher que l'on a mal à tout le monde pendant deux ans pour le ressortir au premier inconnu venu ! Car c'est vrai, même si Tyler et Ridann se connaissaient, comme le brun l'avait fait remarquer, ils s'évitaient à peu près tout le temps depuis que l'on avait emménagé dans la maison, à l'époque. Merde, j'étais à ce point aveugle, il y a deux ans ?! (A croire que chaque tournant de l'histoire connait un intervalle de deux années, c'est pas possible !...)

- Calme-toi, avait-il répondu. Il avait un ton bien moins cassant, presque rassurant. Je ne viens pas pour jouer les psychologues, c'est vraiment pas mon truc, tu sais. Seulement, je ne comprends pas.

 

- Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? Elle s'était un peu radoucie à son tour.

- Toi. Tes gestes, tes sourires, tes expressions, tes attitudes... Ils sonnent faux. Atrocement faux. Un peu comme les miens.

- On n'est pas doués pour jouer la comédie, hein ?

- Pourquoi, Ridann ? Cette question m'obsède, tu sais. Pourquoi est-ce qu'elle se force coûte que coûte à lui faire croire que tout va bien ? Maintenant c'est à toi que je la pose. Je ne partirai pas avant d'avoir eu ma réponse, tu sais ?

- Oui, je sais. Elle avait marqué une légère pause. De mon côté, tout commençait à basculer, miette par miette. Et pourquoi tu essaies de lui faire croire que tu as oublié ? Que tout est du passé, maintenant ? Tu avais raison, Tyler, toi et moi, on est pas si différents. On refuse tous les deux d'admettre l'évidence.

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5  posté le samedi 05 avril 2008 18:34

Il avait baissé la tête en l'écoutant, puis l'avait regardée. Admettre l'évidence... Les mots de ma soeur résonnaient inlassablement dans ma tête, tandis que je restais bouche bée, pauvre observateur de la scène. Tous dans cette maison, tous sur cette Terre, nous souffrons, c'est vrai. Je le sais, c'est triste, mais je le sais. Pourtant ces deux-là sont ceux pour qui j'ai le plus mal. Pas parce qu'il est mon meilleur ami, pas parce qu'elle est ma soeur...  Mais parce qu'ils enferment leur douleur au plus profond d'eux et ne la laissent paraître à personne, parce qu'ils s'obstinent à sourire, même si cela leur déchire le coeur un peu plus et leur brûle la dernière parcelle d'âme restée intacte. Parce qu'ils souffrent un peu plus à supporter en silence la douleur des autres, à la supporter et à la garder avec eux pour soulager les égoïstes que sont les autres, les égoïstes que nous sommes... l'égoïste que je suis.

 

- Tu vas lui dire ? Avait repris le brun.

- Lui dire quoi ?

- Que tu as été virée du lycée.

- Pas maintenant, avait-elle soufflé dans un soupir.

- Et qu'est-ce que tu vas faire ? Il va bien finir par l'apprendre, maintenant qu'il n'est plus aveuglé par l'alcool vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

- L'amour aussi rend aveugle, à ce qu'on dit. Elle avait un ton ferme, bien que sa réplique suggère de l'ironie.

Il avait secoué doucement la tête, et même sans pouvoir le voir, je devinais un sourire étirant ses lèvres.

- Et tu comptes te fier à un proverbe à la con ? Il va forcément s'en rendre compte, Ridann.

 

 

- Je lui dirais, mais plus tard. Laisse-le profiter un peu de l'illusion du bonheur avant, s'il te plaît. Après ces deux dernières années, il a bien mérité quelques mois sans que je lui apporte d'emmerdes.

- Et toi, Ridann ? Le ton de mon ami était à la limite de l'emportement. Merde ! Tu ne les a pas merité, toi, ces quelques mois sans emmerdes ?! Tu sais comme je tiens à ton frère, mais tu ne t'imagines pas à quel point j'aimerais lui foutre mon point dans la gueule. Tu te pourries la vie pour lui, et c'est à lui que revient le droit de sourire honnêtement ?

Ca fait mal. Entendre tout ça, ça fait mal. Pourtant je ne bougeais pas. Je refusais de partir, de fuir comme un lâche cette douleur qu'ils m'infligeaient, car je ne la méritais que trop. J'essayais de lutter contre le noeud qui s'était installé dans ma gorge en avalant ma salive avec difficulté. La voix de Tyler s'était éteinte quelques secondes, me laissant assez de temps pour m'impregner d'une douleur dont je ne soupçonnais pas même l'existence quelques minutes avant cette fameuse scène. Le grand brun avait finalement repris, mais avec une voix faiblement douce que je ne lui connaissais pas.

- Je ne peux plus supporter ça, Ridann. Je ne peux plus supporter de te voir te laisser couler sans rien faire. J'ai essayé de t'éviter, mais je n'y arrive pas.

Il s'était rapproché d'elle. Mon meilleur ami s'était rapproché de ma soeur. Mon meilleur ami de 22 ans était collé au dos de ma soeur qui en avait à peine 17, et qui le laissait murmurer à son oreille sans montrer le moindre signe de repoussement. Cette image m'avait d'abord agacé, voire énervé au point que je manifeste enfin ma présence... Mais la souffrance que j'éprouvais alors m'avait rappelé à l'ordre et me clouait littéralement sur place.

- Je n'arrive pas à me faire à l'idée que quelqu'un d'autre que moi puisse masquer ses peines tant et si bien que personne ne le remarque.

- Toi, tu l'as remarqué.

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6  posté le samedi 05 avril 2008 19:28

- Moi, c'est différent. On joue à la même chose toi et moi, c'est tout aussi normal que j'ai remarqué que tu te renfermais que tu l'aies remarqué pour moi aussi.

- Alors qu'est-ce qu'on fait ? On cherche à s'aider mutuellement ? A rechercher à tout prix un bonheur auquel ni toi, ni moi on ne croit plus depuis bien trop lontemps ?

- Non, on essaie juste de se sortir de ce putain de cercle vicieux, Ridann. Laisse-moi veiller sur toi, s'il te plaît... Je ne veux plus avoir à supporter l'image de ce sourire que je déteste.

- Alors promets-moi une chose.


Cette promesse que ma soeur a demandé à Tyler, je ne l'avais pas comprise. Je n'avais pas saisi toute l'importance qu'elle avait. C'est il y a à peine deux minutes que j'ai enfin compris quel lien les unissait, tous les deux. Et je ne l'ai même pas fait par moi-même... L'amour qui aurait pu me rendre aveugle à l'époque selon ma petite soeur... C'est elle, c'est la femme de mes rêves, c'est la soeur de mon meilleur ami qui m'a ouvert les yeux. Je ne sais pas si les femmes ont véritablement une intuition dont la gente masculine serait privée, mais elle, contrairement à moi, lis en chacun comme dans un livre ouvert.

 

- Laisse-moi écouter ta musique.

Ce soir-là, c'était beaucoup plus qu'une amitié qui débutait entre eux. Ce n'était pas non plus de l'amour. C'était quelque chose de fort, d'indescriptible, un besoin et un soutien tout à la fois, presque une dépendance envers l'autre qui liait Tyler et Ridann. Et par ces simples mots, ma soeur lui demandait de lui promettre à elle aussi, l'entrée dans son monde, à lui. Parce que personne à part elle n'a le droit d'écouter ses textes, ceux dans lesquels il recrache toute sa souffrance. Et ça, je n'avais pas été capable de le remarquer avant que celle que j'aime ne m'ouvre les yeux. C'est comme ça que ça marche, alors, entre eux ? Elle s'ouvre à lui, il s'ouvre à elle. Il pense à elle, elle pense à lui.

Et c'est comme ça qu'ils avaient décidé, ensemble, d'aller de l'avant.

- Craché juré.

 

Alors que j'étais achevé par tant de révélations, ce soir-là, je relevais les yeux sur eux une dernière fois avant de vouloir m'éloigner enfin. Et ce n'est pas l'image à laquelle mes yeux s'attendaient qui prit place devant moi. Le brun s'était retourné vers ma fenêtre, faisant mine de s'appuyer contre le rebord du balcon... Tandis que ses yeux noirs de souffrance me fixaient, et que son regard glacial me transpersait. Il savait. Depuis le début, il savait que j'étais derrière eux.

Pourtant, il ne m'a jamais reparlé de ce fameux soir, et j'ai fais comme si de rien était. Mais je sais que si je me souviens encore si bien de la scène, même après deux ans, c'est parce que j'ai sur la conscience cette souffrance atroce, et parce qu'à travers ce regard échangé avec Tyler, j'ai su qu'il ferait de son mieux pour protéger ma soeur, mais que jamais il ne pourrait lui redonner cette part de vie que je lui avais volé par l'égoïsme le plus violent dont les hommes sont les marionettes continuelles.

 

Fin du prologue.

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P'tite pause =P  posté le samedi 05 avril 2008 20:22

Voilà, le prologue est fini <333

Qu'est-ce que vous en pensez ?

Vous trouvez pas que c'est des trop gros pavés, j'espère ? xD

Bref, un prologue fait sur plusieurs jours, mais le principal, c'est d'arriver au bout =P

Je fais juste une petite pause le temps de faire les photos de la suite ! Pas envie de m'arrêter là, je suis sur ma lancée x)

Si vous avez des commentaires à faire sur ce début, allez-y ^^

Genre si vous aimeriez plus de photos pour séparer les pavés =)

Merci de me suivre en tout cas ! {#}

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